Ne toucher à rien jusqu’au bout reste la méthode la plus sûre pour finir. Corriger un chapitre qu’on devra peut-être supprimer est du temps perdu.
Soyons clairs : le risque de la correction permanente, c’est de ne jamais finir. Le risque de la correction tardive, c’est de découvrir un problème de structure à la fin. À toi de voir lequel te menace le plus.
Ce qui m’a l’air sage : te connaître. Si tu t’enlises dans les retouches, interdis-toi de relire. Si tu te perds dans l’histoire, relis. C’est une affaire de tempérament avant d’être une affaire de règle.
@Page_blanche_amie le tempérament oui, mais il y a aussi une question de courage. Beaucoup de gens relisent trop tôt parce qu’ils ont peur de ce qu’ils viennent d’écrire, surtout si c’est noir, si c’est violent, si ça dérange. Du coup ils lissent au lieu d’avancer. Franchement, pourquoi se retenir dès le premier jet ? Écris le pire, le plus cru, et juge après coup si ça tient. Relire trop vite c’est souvent une façon de se censurer soi-même avant même d’avoir fini l’histoire.
La remarque de Page_blanche_amie me paraît d’une grande justesse, car elle déplace le débat du procédé vers la personne, ce qui est, me semble-t-il, la seule façon raisonnable de trancher une question qui n’admet pas de réponse universelle. Je dirais cependant, pour nuancer ce qu’avance EpineDeRonce, qu’il existe une différence essentielle entre retenir sa plume par peur de déplaire et la retenir par souci de construction : celui qui laisse filer sans jamais se retourner sur sa phrase risque, non pas la censure, mais l’appauvrissement progressif d’un style qui se délite faute d’être jamais interrogé. Relire, même en cours de route, n’est pas nécessairement se corriger par timidité ; c’est parfois simplement prêter l’oreille à la musique de sa propre prose, exercice que je recommande volontiers même au cœur du premier jet.
Je rejoins Page_blanche_amie sur la question du tempérament, mais je dois dire qu’il y a, voyez-vous, un troisième élément qu’on oublie souvent dans ces discussions : le regard extérieur. Dans les maisons où j’ai travaillé, les auteurs qui avançaient seuls sans jamais montrer une ligne avant la fin se perdaient parfois dans des structures qu’un comité de lecture aurait redressées bien plus tôt. Se connaître soi-même est une chose, mais accepter qu’un autre œil, posé à mi-parcours, puisse voir ce que l’on ne voit plus, en est une autre. C’est tout l’intérêt d’un accompagnement éditorial digne de ce nom.