Je défends le plan, et voici pourquoi : sur trois cents pages, la mémoire du texte s’effrite. Un plan n’est pas une prison, c’est une carte. On peut s’en écarter, mais il faut savoir de quoi l’on s’écarte.
Le plan peut aussi servir d’alibi pour ne pas écrire. On règle les actes pendant des semaines, et la page reste blanche. Je préfère écrire d’abord, structurer ensuite.
Un moyen terme existe : connaître le début, la fin et trois ou quatre scènes charnières, et laisser le reste libre. On garde de la liberté sans naviguer sans boussole.
Permettez-moi de douter de l’opposition elle-même. Presque tout le monde plane entre les deux. Ceux qui disent n’avoir aucun plan en ont souvent un dans la tête, simplement non écrit.
Vous avez sans doute raison. Le mien est une intuition de la fin, rien de plus. Mais c’est bien cela qui me fait avancer.
Désolé si c’est bête mais, @Jardinier_nocturne, une intuition de la fin, ça marche vraiment sans rien écrire du tout avant ? Je débute donc j’ai un peu peur de me lancer sans savoir où je vais, mais le plan complet me fait peur aussi, j’ai l’impression que ça tue l’envie d’écrire avant même de commencer.
C’est particulièrement vrai pour la nouvelle, disons, où toute l’économie du texte tient à ce qu’on tait jusqu’à la fin. Un plan trop serré pousse souvent à tout expliciter en chemin, par peur d’oublier un fil. Or la force d’une chute réussie vient justement de ce qui reste suspendu, pas résolu. Je penche donc pour l’intuition de fin dont parle Jardinier_nocturne, à mi-chemin entre savoir où on va et ne pas savoir comment on y arrive : c’est cet écart qui laisse la place à l’ambiguïté.