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Roman · 3 réponses

Discussion Roman ouvert le

Le prix de l’échec : votre roman en a-t-il vraiment un ?

Auteur
LeVieuxCorrecteur · Plume
Réponses
3 réponses · 4 participants

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Message d’ouverture

Je lis beaucoup de manuscrits, en bêta-lecture ou par métier, et je bute souvent sur le même défaut : l’enjeu est affirmé mais jamais réellement coûteux. Le personnage « doit » réussir sa mission, « doit » sauver untel, mais si l’on imagine la scène où il échoue, rien ne se passe de concret. Pas de perte, pas de changement d’état, pas de porte qui se ferme. Or un enjeu digne de ce nom donne un prix à l’échec : quelque chose de précis que le personnage perdrait, et que le lecteur peut nommer avant même que l’issue soit connue.

Je m’étonne du nombre d’auteurs, parfois chevronnés, qui construisent trois cents pages de péripéties sans jamais répondre à cette question simple : que perd mon personnage s’il échoue, concrètement, là, dans cette scène ? Enfin, c’est mon expérience de lecteur exigeant.

Et vous, quand vous relisez votre intrigue, savez-vous formuler ce prix pour chacune de vos scènes charnières, ou le sentez-vous seulement de manière vague ?

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Repères du fil

3 réponses · 4 voix · dans Le roman

#1

Ah ça, LeVieuxCorrecteur, tu mets le doigt sur quelque chose que le roman-feuilleton réglait tout seul ! Quand tu publies par épisodes, le lecteur te le fait payer cash si le prix de l’échec n’est pas clair : s’il ne sent pas ce qui est en jeu à la fin du chapitre, il ne revient pas la semaine suivante. Dumas et Sue étaient obligés de serrer la vis sur ce point, sinon pas de « à suivre » qui tienne. Écrire en feuilleton, même sans le publier vraiment par épisodes, c’est un excellent exercice pour forcer cette clarté. Attention quand même à ne pas tomber dans le cliffhanger systématique juste pour faire croire qu’il y a un prix : ça devient artificiel si ce n’est pas suivi d’une vraie conséquence au chapitre suivant.

#2

La question posée ici rejoint, me semble-t-il, ce que les tragiques classiques avaient parfaitement compris. Racine ne laisse jamais planer le doute sur ce que ses personnages risquent de perdre — honneur, amour, trône, vie — et c’est précisément cette clarté qui donne à l’action sa tension, « dans l’orient désert quel devint mon ennui ». L’épopée procède de même : chez Homère, l’enjeu d’Achille est nommé, pesé, presque comptable. Je dirais, pour reprendre les termes de LeVieuxCorrecteur, que le flou contemporain sur le prix de l’échec vient souvent d’une structure trop lâche — on écrit au fil de l’inspiration sans avoir, au préalable, architecturé l’enjeu comme on bâtirait un sonnet, où chaque pied compte. La forme fixe oblige à cette rigueur ; le roman sans plan la perd trop facilement.

#3

perso je pense que c’est hyper important mais faut pas non plus être trop dur sur ce point quand on bêta-lit un premier jet… jpp quand les gens critiquent un roman juste parce que « l’enjeu n’est pas assez clair » alors que c’est un premier brouillon ?? on a le temps d’ajouter ça après non ?? moi dans mes histoires je sais ce que mon perso perd (genre tout, sa famille, son identité…) mais je l’écris pas toujours explicitement dès le début, ça se révèle après… est ce que c’est grave de pas le poser dès le prologue ?

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