Je lis beaucoup de manuscrits, en bêta-lecture ou par métier, et je bute souvent sur le même défaut : l’enjeu est affirmé mais jamais réellement coûteux. Le personnage « doit » réussir sa mission, « doit » sauver untel, mais si l’on imagine la scène où il échoue, rien ne se passe de concret. Pas de perte, pas de changement d’état, pas de porte qui se ferme. Or un enjeu digne de ce nom donne un prix à l’échec : quelque chose de précis que le personnage perdrait, et que le lecteur peut nommer avant même que l’issue soit connue.
Je m’étonne du nombre d’auteurs, parfois chevronnés, qui construisent trois cents pages de péripéties sans jamais répondre à cette question simple : que perd mon personnage s’il échoue, concrètement, là, dans cette scène ? Enfin, c’est mon expérience de lecteur exigeant.
Et vous, quand vous relisez votre intrigue, savez-vous formuler ce prix pour chacune de vos scènes charnières, ou le sentez-vous seulement de manière vague ?