Lire ailleurs apporte des solutions qu’on n’aurait pas trouvées chez soi. Un procédé de polar peut sauver une intrigue de fantasy. Les genres se parlent plus qu’on ne croit.
Mais il faut aussi connaître son domaine. Écrire dans un genre sans le lire, c’est répéter les clichés que d’autres ont déjà dépassés.
Les poètes qui lisent des romans, et les romanciers qui lisent des poètes, y gagnent un souffle. Les cloisons font du tort.
Une règle raisonnable : trois livres du genre pour un livre ailleurs. On garde la maîtrise et on aère l’esprit.
Cette règle de @Sceptique_poli me paraît bien rigide, à bien y réfléchir. Trois contre un, pourquoi pas quatre, ou deux ? Pour ma part, je ne compte pas mes lectures comme on compte des cachets. Ce qui compte, c’est ce qu’on va chercher ailleurs. Quand je lis une fresque historique, je n’y trouve pas seulement des informations d’époque, j’y trouve une manière de tenir le fil de plusieurs destins sur la durée, une respiration que la poésie ou le polar ignorent souvent. Et cette respiration-là, une fois rapportée chez soi, change tout dans la construction d’un roman.
Ce que je reproche à beaucoup de romans d’aujourd’hui, ce n’est pas le manque de lectures voisines, c’est l’absence de cette ampleur-là, cette peur de laisser le temps s’installer. On écrit au présent, en chapitres courts, comme pour s’excuser d’occuper le lecteur trop longtemps. Or une vraie fresque a besoin d’un narrateur qui voit tout, qui peut s’attarder sur un personnage secondaire sans se presser vers la scène suivante. Lire hors de son genre m’a surtout appris cela : que la variété des formes qu’on croise nourrit la confiance qu’on a dans sa propre respiration. Compter les livres comme le propose @Sceptique_poli revient, à mon sens, à transformer une curiosité vivante en comptabilité.