Je défends les classiques sans nier l’actualité. Ils offrent un ensemble de formes éprouvées. Le lecteur d’aujourd’hui y reconnaît des gestes qui, bien digérés, se mettent au service d’une écriture neuve.
Les contemporains parlent à notre oreille. Ils connaissent les rythmes d’aujourd’hui, les sujets d’aujourd’hui, la langue d’aujourd’hui. Les ignorer, c’est se couper de ses lecteurs.
On n’écrit pas pour un siècle, on écrit pour un lecteur précis. Pour savoir qui il est, il faut lire ses contemporains. Mais pour savoir ce que la langue peut faire, il faut lire les anciens.
L’opposition est trop nette. Un contemporain nourri de classiques est souvent plus riche qu’un autre. Et un classique relu à la lumière d’aujourd’hui se renouvelle.
@Sceptique_poli je te suis complètement là-dessus, et ça me fait penser à autre chose : Dumas, c’est justement un auteur qui a appris à écrire en feuilleton, chapitre après chapitre, avec un œil sur le lecteur du moment. Donc le classique d’aujourd’hui était parfois le contemporain le plus vendu de son époque, publié dans l’urgence, à suivre dans le prochain numéro. Ce qui compte, c’est moins l’étiquette ancien ou moderne que la discipline du rythme : savoir finir un chapitre pour qu’on ait envie de la suite. Ça, on l’apprend autant chez les anciens bien construits que chez les contemporains qui publient par épisodes en ligne. La suite au prochain chapitre, comme on dit.