Elle tient pour le fantastique ancien. Aujourd’hui, nombre de récits posent le surnaturel d’emblée et le prennent comme une donnée. L’effet n’est plus le doute mais l’étrangeté.
Je préfère le doute, parce qu’il laisse le lecteur travailler. Une fois qu’on a posé le fantôme, il y a moins à ressentir.
Le point de vue y joue un rôle central : un narrateur qui doute entretient l’hésitation, un narrateur qui sait tout la détruit. C’est un choix technique avant d’être un choix de genre.
Je distingue le fantastique de la fantasy : dans la première, le monde est le nôtre et quelque chose s’y fissure ; dans la seconde, le monde est autre et l’on s’y installe.
La distinction de Mondes_bâtis me paraît juste mais insuffisante : elle décrit un dispositif, pas une raison d’être du genre. Si l’on y regarde bien, ce n’est pas anodin que le fantastique choisisse notre monde comme terrain de fissure plutôt qu’un monde inventé. C’est que le genre a besoin d’un cadre social reconnaissable pour que la fissure ait du poids. Chez Maupassant, le fantastique fonctionne parce que la société qu’il décrit est d’abord crédible, documentée, presque sociologique ; la peur naît du contraste avec ce socle, pas de l’hésitation seule. Un fantôme qui apparaît dans un décor flou ou incohérent ne fait rien ressentir, hésitation ou pas.
C’est pourquoi je trouve discutable l’idée, défendue plus haut par Magie.floue, que le doute suffirait à produire l’effet. Le doute sans assise construite retombe vite en gadget narratif. Et c’est aussi pourquoi, en science-fiction, je refuse qu’on sacrifie la cohérence au nom du suspense ou du twist : une anticipation qui ne pense pas sérieusement ses mécanismes sociaux ou techniques perd sa force de fissure, exactement comme un fantastique mal ancré dans le réel perd la sienne. L’intrigue prime, oui, mais elle ne tient que si le monde qui la porte est pensé jusqu’au bout, pas décoratif.