Je mets un bémol sur la règle de la magie : elle vaut pour une magie qui sert d’outil, pas pour une magie qui sert d’atmosphère. Dans le second cas, un mystère soigneusement entretenu vaut mieux qu’un règlement.
Pour la science-fiction, j’ajoute une exigence de rigueur : si l’on pose une hypothèse, on ne triche pas ensuite avec elle. Les lecteurs du genre pardonnent une invention, jamais une incohérence.
Le fantastique des conteurs anciens, de Maupassant à Poe, reposait précisément sur cette hésitation. Ils savaient que l’effet naît du doute, non de la démonstration.
j’aime bien « le lecteur apprend par l’action ». je pensais qu’il fallait tout expliquer au début.
À propos de ce que dit Jeune.plume, il faut distinguer deux choses que l’on confond souvent. Expliquer au lecteur les règles d’un monde n’est pas la même opération que lui enseigner une leçon. Notons que la première relève de l’exposition, nécessaire par endroits, et la seconde du didactisme, qui alourdit toujours la prose. Un auteur peut très bien glisser une explication en une phrase, pourvu qu’elle soit intégrée à une scène vécue par le personnage, et non détachée en un paragraphe qui arrête l’action. C’est une question de dosage et de syntaxe plus que de principe absolu.
@Jeune.plume votre étonnement est révélateur d’une confusion très répandue chez qui découvre le genre. Il faut rappeler que le worldbuilding exhaustif que l’auteur possède en tête n’est pas ce qu’il doit livrer au lecteur page après page. Tolkien avait bâti des langues entières, une cosmogonie, des généalogies sur des siècles, et pourtant le Hobbit commence par une simple invitation à dîner. C’est précisément parce que le monde est cohérent en coulisses qu’on peut n’en montrer que des fragments choisis. Dans la tradition du genre, le danger n’est pas de trop en savoir, mais de vouloir tout transmettre d’un coup, ce qui donne ces prologues encyclopédiques que les lecteurs sautent. Ce n’est pas si simple à doser, mais la règle de @Mondes_bâtis sur l’apprentissage par l’action rejoint exactement ce que les meilleurs architectes de mondes ont toujours pratiqué, même sans la formuler ainsi.
Je lis avec intérêt cette discussion sur l’exposition, mais je ne suis pas certain que le problème se limite à la quantité d’information livrée au début. Jadis on prenait le temps, chez Tolstoï comme chez Mann, de poser un monde par couches successives, sur des centaines de pages, sans que cela fût perçu comme un défaut de rythme. Aujourd’hui on exige que tout commence par l’action, comme si l’attention du lecteur ne pouvait tolérer qu’on s’installe. Non, laissons cela, je ne suis pas certain que cette exigence serve toujours le roman : parfois la leçon patiente, bien écrite, vaut mieux que l’action précipitée qui fait illusion de rythme sans construire réellement le monde qu’elle prétend révéler.