On peut apprendre beaucoup d’un livre qu’on n’aime pas : on voit mieux ce qu’on refuse. Mais le temps est limité, et l’on ne doit rien à un livre.
On peut lâcher vite ce qui ennuie : la vie est courte et les bons livres nombreux. Noter ce qui a fait fermer le livre, c’est déjà une leçon.
Posons-nous la question : un livre qui ennuie est-il un livre mauvais, ou un livre qui n’est pas pour nous ? La distinction est utile à un auteur qui veut comprendre son lecteur.
Un livre mérite une chance, jusqu’à l’endroit où l’on sait pourquoi on ne l’aime pas. Passé ce point, on peut arrêter.
Désolée de revenir avec une question un peu bête mais… est-ce que ça compte pareil quand on est soi-même celui qui écrit ? Parce que moi quand je lis un texte qui m’ennuie je me dis toujours « peut-être que c’est moi qui lis mal »… et je culpabilise d’arrêter. @MadameSyntaxique ce que vous dites sur Proust me fait peur en fait, parce que si même les grands textes demandent cette patience, comment on sait qu’on n’est juste pas assez bon lecteur pour mériter le livre… désolée si c’est confus
Pour être précis, je crois qu’il faut distinguer deux choses, comme souvent dans ce genre de débat : l’ennui qui vient d’un désaccord de sensibilité, et l’ennui qui vient d’un défaut de construction. @PetitePlumeAnxieuse, votre culpabilité n’a pas lieu d’être : un roman mal bâti, sans plan apparent, qui erre de scène en scène sans que rien ne s’accumule, ennuie légitimement, et ce n’est pas une faute de lecture. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie chez Balzac ou Zola : la structure porte le lecteur même dans les passages les plus arides, parce qu’on sent où l’on va. Si je puis dire, un livre qui ennuie sans qu’on sache pourquoi est souvent un livre qui n’a pas su se donner de colonne vertébrale ; un livre qui ennuie alors qu’on en perçoit la rigueur, comme chez Proust, relève d’une autre question, plus personnelle.