Point positif de ton raisonnement, OrageDeSemaine : tester le texte avant d’investir dans le papier a du sens quand on n’a pas encore de retours extérieurs solides. Mais je note aussi que le numérique seul ne dispense pas d’une bêta-lecture sérieuse avant publication, parce qu’un texte qui sort vite mais plein d’incohérences de trame ne prouvera rien, sinon qu’il faut le retravailler. Point à revoir dans ton plan : tu parles de corriger après coup, alors que l’idéal serait de verrouiller la cohérence avant la sortie numérique elle-même, papier ou pas. Après, pour la question stricte support, je serais plutôt d’accord : commencer léger, c’est aussi plus facile à corriger si une bêta-lecture pointe un souci de structure une fois le texte déjà en ligne.
À mon sens, cette question du numérique ou du papier passe un peu à côté de l’essentiel. Il faut laisser le temps au texte, quel que soit le support choisi pour le faire lire. Un roman contemplatif, par exemple, n’a pas vocation à prouver quoi que ce soit vite : il demande qu’on le laisse mûrir, et sortir précipitamment en numérique pour tester une réaction ne lui rendra pas service si sa force tient justement dans la lenteur.
Doucement, je dirais : le choix du support compte moins que la question de savoir si l’auteur lui-même a laissé le texte reposer avant de le montrer. Giono n’écrivait pas pour qu’on le juge vite. Le papier, à mon sens, impose cette patience presque malgré nous, parce qu’il engage davantage. Le numérique, lui, invite à aller trop vite, à corriger dans la précipitation plutôt qu’à reprendre en profondeur.