Il peut, à une condition : qu’il apporte une information ou une tension que le premier chapitre ne peut pas porter. Sinon, c’est un chapitre mal numéroté. Le test : le roman fonctionne-t-il sans lui ?
Dans les genres où l’on bâtit un monde, il sert parfois à poser un ton ou une menace. Mais je reconnais qu’il devient vite un déversoir d’explications. Mieux vaut diluer ce qu’il contient dans le récit.
Un point technique : un prologue change souvent de point de vue et d’époque, ce qui désoriente. S’il est court et clair sur ce changement, il passe. S’il est long, le lecteur se sent trompé.
Les romans anciens s’ouvraient volontiers sur une préface ou un avertissement au lecteur, c’était une convention. Aujourd’hui l’ouverture doit se justifier par l’histoire elle-même.
On peut l’écrire à la fin, une fois que l’on sait de quoi parle le livre, et le supprimer ensuite : il aura servi à mieux voir la couleur du reste.
L’idée de Jardinier_nocturne me plaît, cela dit elle confirme ce que je pense depuis le début : le prologue n’est pas un morceau d’inspiration brute, c’est un objet qu’on façonne après coup, avec la même exigence qu’une forme fixe. Que voulez-vous, on n’improvise pas une ouverture plus qu’on n’improvise un sonnet. Si l’auteur accepte de le retravailler jusqu’à ce qu’il tienne seul, par sa musicalité propre et non par la promesse d’explications à venir, alors il mérite sa place. L’alexandrin n’est pas mort pour les mêmes raisons : la contrainte oblige à choisir le mot juste au lieu du premier venu.
@Jardinier_nocturne je trouve ta méthode très juste, et je l’applique souvent en bêta-lecture sans le formuler ainsi : je demande toujours à l’auteur ce que le prologue permet de voir qu’on ne verrait pas sans lui. Point positif, quand un prologue tient, c’est qu’il a été écrit en dernier, avec la vue d’ensemble. Point à revoir, la plupart du temps, c’est qu’il a été écrit en premier, par peur de se jeter dans l’histoire, et qu’on n’a pas osé le couper après. Je note aussi que les manuscrits où le prologue pose problème ont souvent d’autres soucis de rythme ailleurs : c’est un bon signal d’alerte pour le reste du texte.
Vous retombez toujours sur la même excuse : réécrire le prologue après coup pour le justifier. Franchement, si tu dois le retravailler autant pour qu’il tienne, c’est qu’il ne tenait pas. Phrases courtes. On coupe. Le premier chapitre doit faire le boulot du prologue, point. Jardinier_nocturne, ta méthode sert surtout à savoir ce qu’on peut jeter, pas ce qu’on doit garder.