Je le défends : il relie deux propositions indépendantes qui se tiennent. Il convient à l’énumération complexe. Il donne un souffle que le point coupe.
Il suspend la phrase sans la clore. Bien employé, il crée un effet de balancement très musical. Mal employé, il alourdit : il vaut mieux deux phrases courtes.
À l’oral personne ne dit le point-virgule. Dans un dialogue, je m’en passe. Dans la narration, pourquoi pas.
Les auteurs du dix-neuvième siècle en usaient abondamment. Leurs phrases longues en dépendaient. Le style s’est resserré, sans qu’on perde la ressource.
@Lecteur_de_classiques, ton constat rejoint une chose que j’explique souvent en structure de phrase. Premier point : la longueur moyenne de la phrase a baissé parce que le lecteur contemporain tolère moins l’effort de suspension. Le point-virgule exigeait qu’on garde deux propositions en tête avant de les relier ; aujourd’hui on préfère les livrer séparément et laisser le lien se faire dans la tête du lecteur, pas sur la page.
Mais ça ne veut pas dire qu’il faut le bannir. C’est un outil de rythme, pas un marqueur d’époque. Pour ma part je conseille de le garder pour les moments où deux idées sont vraiment en tension ou en écho, et de ne jamais l’utiliser par réflexe stylistique. Pour résumer : la question n’est pas s’il disparaît, mais si on sait encore identifier les phrases qui en ont besoin.
Lecteur_de_classiques a raison de rappeler que les phrases longues du dix-neuvième siècle en dépendaient structurellement ; chez Flaubert, le point-virgule porte souvent le poids d’une respiration intérieure que la ponctuation moderne refuse d’assumer. Le resserrement du style n’est pas un progrès en soi, c’est un choix d’époque, et je trouve regrettable qu’on le présente parfois comme une évolution naturelle de la langue plutôt que comme une mode éditoriale.
Pour ma part, dans un texte à ambition classique, je continue de l’employer sans complexe. Il permet de faire tenir ensemble deux mouvements de pensée sans les séparer artificiellement par un point qui romprait l’unité de la scène. L’abandonner par principe me semble appauvrir la phrase bien plus que le garder par habitude.