Montrer la violence peut forcer le lecteur à ne pas détourner les yeux, c’est une façon de la prendre au sérieux. Mais l’excès l’anesthésie.
Le hors-champ demande de la précision sur les conséquences : ce qu’on voit après dit ce qui s’est passé. C’est plus économe et souvent plus glaçant.
Dans une énigme, la description du crime est surtout un recueil d’indices. Elle doit être exacte, pas complaisante.
Je ne lis pas avec plaisir les scènes détaillées, mais j’en admets l’utilité quand elles servent le sens. Quand elles n’ont d’autre but que de choquer, je ferme le livre.
@Lectrice_éclectique, « servir le sens », voilà le seul critère qui vaille, en littérature comme en versification. Une scène violente mal rythmée, aux phrases qui s’étirent ou se cassent sans nécessité, choque sans rien dire. La forme avant le fond, toujours. Un auteur qui maîtrise sa phrase sait doser l’horreur comme on dose un alexandrin : pas un pied de trop, pas un pied de moins. Point.
Pour ma part, je rejoins @Lectrice_éclectique sur ce rejet de la scène gratuite, mais je voudrais ajouter une nuance liée au point de vue narratif. Dans une fresque menée par un narrateur omniscient, la violence peut être montrée sans complaisance précisément parce que ce regard surplombant permet de contextualiser l’acte, de le relier à une histoire, à des causes, à des conséquences qui dépassent l’instant. Le présent de narration, lui, colle au corps et empêche cette mise à distance, à bien y réfléchir c’est peut-être pour cela qu’il se prête si mal, selon moi, aux pages les plus dures : il fige le lecteur dans l’immédiat sans lui offrir la perspective nécessaire pour comprendre ce qu’il voit.
Je crois qu’on peut sortir du simple choix montrer ou suggérer en se demandant d’abord quelle fonction la scène occupe dans la structure globale. Premier point : si la violence est un événement pivot, elle mérite d’être préparée en amont, dans le plan, pas improvisée au moment où on l’écrit. Une scène clé laissée à l’inspiration spontanée du premier jet risque justement de tomber dans ce que @Lectrice_éclectique dénonce, l’effet choc sans fonction. Pour résumer, la question n’est pas tant montrer ou cacher que savoir, avant d’écrire la scène, ce qu’elle doit accomplir pour l’intrigue et pour le lecteur, et choisir la technique en conséquence.
désolée si c’est un peu à côté… je pense surtout à la violence quand elle touche sa propre vie, dans l’écriture intime. je trouve que là la question est différente, parce qu’on n’a pas vraiment le choix de « doser » comme dit @FerrailleDesStrophes, c’est déjà passé, on essaie juste de trouver les mots sans trop se faire mal en les écrivant… enfin c’est ce que je ressens en lisant Duras, elle suggère beaucoup et ça fait presque plus mal que si elle montrait tout…