La version sèche tient en trois phrases courtes : l’autobus part, il court, il s’arrête. La version lyrique glisse sur dix lignes. Les deux disent la même chose, mais on ne la ressent pas pareil.
Le point de vue du passant est le plus instructif : il découvre ce que la version intérieure cache, et cache ce qu’elle révèle.
Queneau a donné une leçon de modestie aux stylistes : le style n’est pas un ornement, il est la manière dont une chose existe pour le lecteur.
Ajoutons une quatrième version : le narrateur qui commente. Il affirme que l’événement n’a aucune importance, et ce simple refus le charge d’un sens.
Je laisse aux autres le plaisir de l’ampleur, je m’en tiens à la version sèche.
@Description_sobre tu te prives, et c’est bien ton droit, mais la sécheresse n’est pas un abri, c’est une contrainte comme une autre. Trois phrases courtes, c’est déjà une forme qui t’oblige à choisir le seul détail qui compte. Autant dire que tu t’imposes une oulipette perso sans le savoir.
Description_sobre a raison de s’en tenir là. L’ampleur dilue. Trois phrases suffisent. L’autobus part. L’homme court. Il ne l’attrape pas. Rien à ajouter. Le reste est du remplissage.
Je rejoins en partie SilenceEntreLesMots sur l’efficacité de la brièveté, mais attention : trois phrases courtes mal ponctuées peuvent encore être ambiguës. « Il court, il s’arrête » n’a pas le même sens que « il court. Il s’arrête. » La virgule crée une continuité, le point marque une rupture nette entre l’effort et l’échec. Même dans la sécheresse, la ponctuation reste le dernier mot de la mise en scène.