À mon sens, cette question du numérique ou du papier passe un peu à côté de l’essentiel. Il faut laisser le temps au texte, quel que soit le support choisi pour le faire lire. Un roman contemplatif, par exemple, n’a pas vocation à prouver quoi que ce soit vite : il demande qu’on le laisse mûrir, et sortir précipitamment en numérique pour tester une réaction ne lui rendra pas service si sa force tient justement dans la lenteur.
Doucement, je dirais : le choix du support compte moins que la question de savoir si l’auteur lui-même a laissé le texte reposer avant de le montrer. Giono n’écrivait pas pour qu’on le juge vite. Le papier, à mon sens, impose cette patience presque malgré nous, parce qu’il engage davantage. Le numérique, lui, invite à aller trop vite, à corriger dans la précipitation plutôt qu’à reprendre en profondeur.